Météo
 
Immobilier – «Je préfère noircir le tableau, pour que les gens ne soient pas déçus»
Loïc Trouvé, négociateur à Ars-en-Ré, évoque l’actualité immobilière sur l’île de Ré, le PPRN et la réforme de l’ISF. Sans langue de bois, et avec un ½il critique sur certains acteurs du marché.
 JdP – En tant qu’agent immobilier, comment gérez-vous le Plan de prévention des risques naturels (PPRN) et comment informez-vous vos clients ?
Loïc Trouvé – Il faut savoir que nous annexons les cartes aux actes de vente : nous sommes pour l’instant sur le PPRN de 2002 et nous ajoutons le Porter à connaissance de 2014 et les cartes soumises à enquête publique de cet été. La question est de savoir si elles seront validées ou non, sous quelle forme et comment elles seront traduites dans le PLUI (Plan local d’urbanisme intercommunal) et les PLU (Plans locaux d’urbanisme) des communes. Je n’en ai aucune idée. J’ai assisté à toutes les réunions, et j’ai été étonné que la Préfecture ne fasse pas allusion aux Bâtiments de France, qui auront pourtant leur mot à dire. Bref, nous sommes dans le flou.

L’Etat a quand même laissé la porte ouverte à des modifications réglementaires de façon à pouvoir répondre aux contraintes de PPRN…
Il y a X scénarios : est-ce qu’on pourra faire des étages, construire sur pilotis ? Cela pose beaucoup d’interrogations. Certes, il a été question d’aménagements possibles par la Préfecture, mais où sont les écrits ? Pour l’instant, il s’agit de mots. Quels sont les éléments tangibles sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour conseiller les gens ? Il n’y a que des supputations. Au regard des prix de l’immobilier sur l’île, mettre 500 000 € sur une supputation, je ne sais pas si les acheteurs sont prêts. Je préfère noircir le tableau pour que les gens ne soient pas déçus par la suite. On ne vend que sur du factuel. Je ne veux pas que mes clients viennent me voir dans cinq ans et me disent qu’ils se sont fait avoir ! 

Du coup, quels conseils donnez-vous à quelqu’un qui veut acheter dans une zone soumise au PPRN ?
Au titre des règles du jeu actuelles, j’explique que s’il y a par exemple un projet d’extension, celui-ci sera peu probable, fort improbable ou ultra improbable. On s’interdit de faire miroiter aux gens des choses irréalistes. Après, les gens font un choix en connaissance de cause, en prenant le risque ou non. Nous vendons des maisons qui ont eu de l’eau pendant Xynthia. Mais il faut être le plus précis possible sur les règles du jeu.

Au niveau des piscines, il avait été question à un moment de les interdire car celles- ci peuvent représenter un danger, notamment pour les secours, en cas de submersion. Est-ce le cas ?
Réglementairement non. Mais certains pourraient en effet considérer une piscine comme un risque additionnel. Si vous allez voir les pompiers, vous verrez ce qu’ils pensent des piscines en cas de submersion…

Les choses paraissent toujours aussi compliquées au niveau des permis de construire, notamment sur la partie nord de l’île…
L’Etat a laissé entrevoir des possibilités d’aménagement des règlements, mais pour l’instant, les PLU ne sont pas adaptés. Les Plans de zonage actuels devront être revus. Il y aura un champ des possibles dans les zones les plus impactées si le zonage s’adapte. Car actuellement, dans les secteurs les plus menacés, il n’est pas possible de faire des étages. La preuve : si vous faîtes aujourd’hui une demande de permis de construire avec les éléments communiqués par la préfecture lors des réunions, vous vous faîtes retoquer, car les plans de zonage ne correspondent pas. Il faut faire preuve de prudence absolue. Je connais quatre terrains potentiellement constructibles sur le canton, en tout et pour tout. Construire dans le nord, c’est la galère. Le propriétaire d’un terrain ne peut le vendre que s’il est libre de tout recours. Ça veut dire qu’il faut aliéner son terrain pendant un an et demi et dépenser X milliers d’euros pour savoir ce qu’il pourrait devenir. Et la plupart du temps, avec le risque de se faire retoquer.

Ces propriétaires sont bloqués depuis plusieurs années maintenant…
Ils attendent depuis le Porter à connaissance de 2014 qui a tout figé. Ceux qui ont été réactifs et qui ont construit entre 2010 et 2013 s’en sont bien sortis. Ils sont passés entre les gouttes. Et ceux qui ont attendu que la situation se décante attendent toujours.

Retrouvez la suite de cet article dans le n° 78, vendu en kiosque sur l’île.

 
Immobilier et partenaires