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500 ans des thèses de Luther – Les prémices du siège de La Rochelle
Œuvre majeure des collections du musée Ernest-Cognacq, le Siège de la citadelle de Saint-Martin, gravure réalisée en 1632 par Jacques Callot, évoque un épisode majeur de l’histoire de l’île de Ré, à un moment où le pouvoir royal cherche à reprendre la main sur cette place forte du protestantisme. Explication.
Le Siège de Saint-Martin est une œuvre monumentale, composée d’un ensemble monté de six gravures principales de dix pièces de bordures d’encadrement, le tout ayant été assemblé par la suite. Le tableau mesure 1,46 m de haut pour 1,67 m de large et représente les différents événements relatifs au siège de la citadelle de Saint-Martin par les troupes anglaises, qui s’est déroulé du 28 juillet au 8 novembre 1627. Cette foison d’événements, représentés sur un même tableau, rend donc sa lecture relativement ardue. L’artiste Jacques Callot ne réalisera la gravure qu’a posteriori, en 1630. Suite à la commande de la reine mère Marie de Médicis, le célèbre graveur a rassemblé une équipe conséquente pour l’accompagner dans sa réalisation, qui nécessitera un an de travail. Si l’œuvre est remarquable par la précision de certaines scènes et le souci du détail, l’auteur n’en fut pas témoin. «Il y a peu de chances qu’il se soit déplacé sur l’île. Il a travaillé à partir de notes prises par des témoins directs», explique Julia Dumoulin-Rulié, directrice du musée Ernest-Cognacq. Certaines largesses sont ainsi prises avec les événements, les bateaux évoquant plus des modèles hollandais que l’auteur avait pu voir dans des ouvrages ou lors d’observations précédentes. «On peut aussi imaginer qu’il se soit inspiré d’une maquette qui se trouvait sur une étagère chez lui», explique Julia Dumoulin-Rulié, en s’appuyant sur une gravure contemporaine de la chambre de Callot sur laquelle on voit la miniature d’un voilier hollandais. On remarque également que certains personnages ou navires ont une taille disproportionnée, uniquement destinée à les mettre en valeur. La même liberté est prise avec la géographie des lieux, puisque cette carte ne possède pas de points cardinaux et que l’île de Ré y est représentée horizontalement, le nord étant situé vers le sud-ouest. Ce qui fait dire à Jacques Boucard, dans son ouvrage sur l’île de Ré, «qu’il ne s’agit pas d’une œuvre historique, mais d’un ensemble destiné à attirer l’œil et à impressionner». Si l’on considère que la propagande fait partie intégrante de l’histoire, la valeur historique de cette œuvre ne fait pas de doute. Encore faut-il avoir conscience du contexte de sa réalisation… 
 
Un tableau « de propagande »
A la fin de l’année 1628, Louis XIII et Gaston d’Orléans sont de retour à Paris après le siège de La Rochelle. Pour fêter le triomphe de ses fils, Marie de Médicis, dans la plus pure tradition de cette dynastie d’origine italienne sensible aux arts, décide de commander au graveur Jacques Callot une double composition narrant les sièges de l’île de Ré et de La Rochelle. La stratégie royale de reprise en main des bastions protestants mise en œuvre depuis l’assassinat d’Henri IV en 1610 prend tout son sens avec ces deux opérations militaires d’envergure, qui se révèleront être des succès pour le pouvoir. Il faut rappeler que le siège de l’île de Ré de 1627 n’est que le prélude à l’objectif prioritaire du roi, qui reste la soumission de la cité huguenote rochelaise, particulièrement puissante. «L’île de Ré était un poste avancé stratégique pour s’attaquer à La Rochelle», rappelle la directrice du musée. Pour atteindre ce but, les troupes royales durent d’abord s’assurer de la maîtrise de l’île, qui reçoit le soutien des Anglais en juillet 1627. Il s’agit donc d’un tableau qu’on pourrait qualifier d’œuvre de propagande, visant à montrer la puissance du pouvoir royal catholique et à réaffirmer son autorité face à l’irrédentisme de certaines régions du royaume, dont l’Aunis qui a développé une autonomie importante depuis plusieurs décennies et dont la force, symbolisée par sa puissante flotte, menace l’unité du royaume. Il serait possible de parler, en utilisant la sémantique actuelle, de «guerre de communication» en plein contexte de guerres de religion, à une époque où les thèses de Calvin connaissent un succès grandissant, mettant en péril non seulement l’unité religieuse du royaume, mais aussi son unité tout court : l’Angleterre, toujours prête à déstabiliser son ennemi de toujours, se pose en défenseur des terres protestantes, dans une région avec laquelle elle entretient des rapports particuliers, l’Aquitaine ayant appartenu pendant 300 ans à la perfide Albion suite au mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt (1152).

Photo © Musée Ernest-Cognacq

Retrouvez la suite de cet article dans le n° 80, vendu en kiosque sur l’île.
 
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