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Quand la Russie fait son beurre de l’embargo (1/2)
Si certains Français, à l’image de Frédéric Piston d’Eaubonne, ont réussi à contourner l’embargo en produisant des fromages sur place, les agriculteurs français ont été les principales victimes des mesures de rétorsion décidées en 2014 par Vladimir Poutine. Un embargo qui a permis à la Russie, qui accueille ce mois-ci la Coupe du monde de football, d’atteindre une quasi autosuffisance.
Obninsk est une tranquille ville provinciale de 100 000 habitants, située à 90 km au sud-ouest de Moscou dans la région de Kalouga. A l’entrée d’une ferme ultramoderne, un panneau surprend au milieu des indications en cyrillique : Grand Laitier. En plein embargo russe sur les produits agricoles européens, il n’est pas rare que les fermiers russes empruntent des noms français pour séduire le chaland, les produits «made in France» étant gage de qualité, un peu comme peuvent l’être les allemandes dans le secteur automobile. Pourtant, la ferme est bien tenue par Frédéric Piston d’Eaubonne, un habitué de l’île de Ré expatrié dans le pays des tsars depuis une quinzaine d’années. Ce baroudeur de 58 ans, originaire de Fontenay-le-Comte, a vécu tous les toussotements de l’histoire contemporaine russe, des derniers soubresauts de l’empire soviétique à la chute du mur en passant par l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, symbole d’une Russie revenue sur le devant de la scène géopolitique et débarrassée de ses complexes. 

L’implantation de Coca-Cola et Pepsi en Russie
Toujours prêt à aller faire fortune ailleurs et fasciné depuis tout petit par le Moyen-Orient, Frédéric décide au début des années 80 d’arrêter son boulot de technicien agricole, exercé en Vendée et un peu partout en Charente-Maritime, pour une première aventure au long cours, réalisant en tant que chauffeur des liaisons de 5 000 km en camion entre Paris et Bagdad, où la France est alors bien implantée grâce aux bonnes relations qu’elle entretient avec Saddam Hussein : Bouygues, notamment, y construit l’aéroport, mais également des routes, des barrages hydroélectriques. «C’était vraiment un boulot d’aventurier, il n’y avait pas de portables à l’époque, seulement le Télex pour communiquer. Je partais avec un aller simple, c’était très chaud, surtout en Turquie», se souvient l’entrepreneur, qui rappelle, à l’instar du film Midnight Express sorti en 1978 sur les écrans, que le moindre faux pas pouvait vous envoyer en prison. Avec le durcissement de la guerre entre l’Irak – soutenu militairement par la France et l’Occident – et l’Iran, les trajets, bien que rémunérateurs, prennent fin. 
Cette fois, Frédéric décide de partir toujours à l’Est, mais plus au nord. Avec l’effondrement du bloc de l’Est et la fin de la guerre froide, les possibilités sont immenses en Russie, où le pays s’ouvre tout juste à l’économie de marché. «Ça fonctionnait au système D, il n’y avait quasiment aucune règle : c’est un pays où tout s’était effondré et où tout était à reconstruire.» Symbole de cette marche forcée vers l’ouverture des frontières et le libéralisme économique, Frédéric est chargé de coordonner l’implantation de lignes d’embouteillage pour… Coca-Cola ! Quelques années plus tard, en 2002, le Vendéen, riche de cette première expérience, sera embauché par l’entreprise hexagonale Sidel, qui vient d’obtenir un énorme marché en Russie avec Pepsi… «Je suis donc parti en avril 2002 pour trois semaines à Moscou… et quinze ans après, j’y suis toujours !»

Retrouvez la suite de cet article dans le n° 81, vendu en kiosque sur l’île.
 
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