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Dossier
Dans son nouveau spectacle, adapté du livre éblouissant du scientifique David George Haskell, Nadine Berland, de la Compagnie des Tardigrades, nous invite à vivre une année en accéléré au c½ur d’une clairière. Et à découvrir l’universel dans l’infiniment petit…
Le spectacle de Nadine Berland raconte la folle expérience de David George Haskell1, qui a trouvé refuge pendant un an sur une petite parcelle d’une forêt des Rocheuses, afin de vivre au rythme de la nature et découvrir les nombreux secrets de l’écosystème forestier, d’une richesse insoupçonnée. Pendant soixante minutes, et accompagnée par un certain nombre de bruitages et la guitare de Dayan Korolic, la comédienne nous transporte dans un univers étonnant, dont les citadins que nous sommes devenus ont souvent perdu toute notion. 
Un monde où l’instinct de survie et l’adaptation au milieu sont permanents, prenant des formes qui confèrent parfois au génie. Ce voyage commence au milieu d’une splendide clairière d’un bois de Sainte-Marie, dans l’atmosphère magique d’une douce soirée d’été. 
Pourtant, l’expérience théâtrale débute un 17 janvier, et l’actrice avance avec difficulté dans la neige et un paysage particulièrement inhospitalier. Comme le rappelle Nadine, les chances de survie dans le froid sont proportionnelles à la taille de l’animal : or, elle constate que ses membres s’engourdissent très vite et que l’Homo sapiens qu’elle est ne tiendra pas plus que quelques heures dans ce froid polaire. La mésange qu’elle observe, minuscule par rapport à l’être humain, vit pourtant dans ces contrées grâce à l’un des meilleurs isolants de l’histoire de l’évolution : un plumage ultra chaud, qui double de volume l’hiver. Grâce à des yeux dotés de deux fois plus de photorécepteurs que nous, le petit oiseau peut repérer n’importe quelle trace de nourriture, là où l’œil humain ne verrait dans ce désert blanc qu’un réfrigérateur vide ! Si la mort est parfois au rendez-vous, surtout la nuit, la mésange possède un système interne lui permettant de baisser automatiquement la température de son corps pour économiser de l’énergie. Fascinant ! «Moi qui descend des grands singes d’Afrique tropicale, je n’ai décidément pas ma place dans ce monde hivernal», s’exclame Nadine, représentante d’une espèce inadaptée à ce milieu.
Puis c’est le début de la fonte des glaces, et l’eau, élément solide en hiver, devient liquide. Tout coule ! Nous sommes le 23 mars, une forte odeur de terre se répand dans l’atmosphère et le lichen sort de sa torpeur. Ces mousses, rescapées de l’hiver, ont derrière elles des centaines de milliers d’années d’apprentissage de la survie : la mousse absorbe l’eau comme un buvard, se gonfle et chaque feuille devient un réservoir, si bien qu’elle peut survivre à de longues périodes de canicule. Indispensable dans l’écosystème (mais quelle espèce ne l’est pas ?), la mousse limite l’érosion des sols et absorbe la pollution atmosphérique et les métaux lourds, faisant office de «station d’épuration naturelle». Le printemps pointe le bout de son nez, et la vie se démultiplie : chants d’oiseaux, bourdonnement des abeilles, odeur de l’éphémère printanière, douceur du climat… une extase pour les sens ! La tige de l’hépatique, en forme de point d’interrogation se transforme en «point d’exclamation», comme ses pétales qui se déploient pour offrir aux butineuses leur pollen. Echange de bons procédés puisque les abeilles assureront la fécondation du pistil des fleurs, et donc la perpétuation de l’espèce. Pourtant, en dépit de cette osmose avec la nature, apparemment loin de toute civilisation, l’Homo œconomicus n’est jamais bien loin. Et ces tronçonneuses, qui défrichent la forêt alentour, renvoie l’Homme à ses désirs de consommation et de domination sur la nature, afin de satisfaire des besoins éphémères. 
En ce 13 juillet, qui fait soudainement coïncider la fiction avec la réalité, il fait chaud, lourd, humide, et les cigales sortent de leur torpeur. A la nuit tombée, une petite lumière verte semble en lévitation dans l’air : la lanterne de la luciole est un autre prodige de l’espèce animale, qui crée cette lueur afin d’émettre un signal unique en son genre. «Quel contraste avec le gaspillage industriel de ma lampe torche. L’électricité n’a que 200 ans, mais la luciole des milliers d’années de tâtonnement et d’évolution», cogite Nadine. Quand elle découvre une balle de golf au milieu de son mandala, l’actrice est face à un dilemme : ne rien toucher, comme elle l’avait prévu au départ, ou se débarrasser de cet objet encombrant. «Est-il possible d’aimer la nature et de haïr l’humanité ?», s’interroge-t-elle. Pas vraiment, puisque les deux forment un tout. Et les champignons, passés maître dans l’art de recycler la matière et les plastiques, se chargeront bien de faire disparaître cette satanée balle, même s’il faudra des dizaines d’années. Que Dame Nature est bien faite ! 
En ce 23 septembre, les feuilles des arbres commencent à jaunir, voire à tomber, et les chenilles en font leur festin, tout juste perturbées par les fourmis noires qui tentent un assaut collectif. Si elle échappe à celui-ci, la chenille, élément indispensable de la chaîne alimentaire, finira dans le gosier des oiseaux migrateurs. Pour les fauvettes jaunes, c’est une aubaine, et un apport calorifique qui leur permettra de réaliser des milliers de kilomètres autour du globe pour l’hivernage. Sous les feuilles automnales, et plus profond encore, se déroule une force vitale insoupçonnée : presque la moitié de l’activité de la planète se passe dans le sous-sol. D’ailleurs, toutes les espèces y finissent leur vie, y compris l’homme, nourrissant par la même occasion d’autres spécimens amenés à se perpétuer. «Souviens-toi que tu es né poussière et que tu redeviendras poussière.»
Si nous sommes à l’écoute de la forêt, celle-ci nous écoute peut-être davantage. Et s’offusque, sans que nous le remarquions, de la présence de singes à deux pattes bruyants, trop rapides dans ses déplacements, arrogants et parfois destructeurs. Car la nature a appris à se méfier de son principal prédateur, comme si une intelligence collective planait au-dessus de la forêt pour l’alerter du danger qui rôde…
 
Spectacle tout l’été, réservations et renseignements à l’Ancre Maritaise au 05 46 55 41 38. 
Programmation sur www.ancremaritaise.fr


 
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