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Quand la Russie fait son beurre de l’embargo (2/2)
Si certains Français, à l’image de Frédéric Piston d’Eaubonne, ont réussi à contourner l’embargo en produisant des fromages sur place, les agriculteurs français ont été les principales victimes des mesures de rétorsion décidées en 2014 par Vladimir Poutine. Un embargo qui a permis à la Russie, qui a accueilli en juillet la Coupe du monde de football, d’atteindre une quasi autosuffisance. (Suite du JdP n° 81)
Pour le rouble symbolique, la société Grand Laitier se voit attribuer 4 hectares, sur lesquels elle investit environ 300 000 € dans une unité de production de fromages, puis 400 hectares de prairies pour sa future ferme de 300 chèvres. Dans l’immédiat, le lait est récolté à 100 km de l’usine de transformation d’Obninsk, à raison de 400 litres par jour, soit l’équivalent de 40 à 50 kg de saint-marcellin, crottin, palet et de fromage à tartiner type Boursin. Mais il faudra deux ans pour que Frédéric parvienne à un résultat satisfaisant, tant les contraintes sont nombreuses pour atteindre une qualité «made in France». L’affinage est rendu complexe par le climat très sec : l’hygrométrie ne dépasse pas les 75% alors qu’elle atteint 90% dans l’Hexagone. Il fait appel à Claude Dunand, ancien professeur de l’Ecole nationale d’industrie laitière, des analyses biotechnologiques et de l’eau (ENIL) qui apporte un précieux soutien technique, puis débauche un maître fromager exerçant dans une chèvrerie savoyarde. En août 2017, après deux ans de tâtonnements, les quatre types de fromages sont enfin commercialisables et font une entrée fracassante dans une cinquantaine d’épiceries de luxe moscovites. Pour les autorités russes, ce genre de projet permet de faire revivre les fermes familiales, laissées à l’abandon par des décennies de désertification, et de parvenir à l’objectif fixé par le Kremlin. La Russie est ainsi devenue avec 133 millions de tonnes le premier producteur mondial de céréales en 2017, battant le record de 1978 établi sous l’époque soviétique, alors qu’elle comptait deux fois plus de terres arables. Avec 31,5 millions de tonnes de blé, elle est maintenant le leader mondial devant les Etats-Unis, son principal concurrent à l’export. Pour la première fois, les exportations agricoles ont rapporté davantage... que les ventes d’armes, soit environ 15 milliards de dollars. Elle produit suffisamment de volailles et de porcs pour nourrir ses 140 millions d’habitants, objectif qui sera atteint pour la viande bovine en 2020. Selon les données de l’Agence de pêche de Russie, la production d’huîtres sur le littoral de la mer Noire s’est élevée à 2 tonnes en 2014, à près de 30 en 2015 et devrait atteindre 50 tonnes cette année.

Retrouvez la suite de cet article dans le n° 82, vendu en kiosque sur l’île.


 
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